dimanche 20 mai 2018

Il va faire froid, il fait déjà froid, Jacques Duran nous l'avait bien dit !

Nous n'avons plus de nouvelle de Jacques Duran, depuis bientôt deux ans, son site n'indique plus aucune mise à jour depuis le 29 juillet 2016 :

Calme plat depuis bientôt 2 ans sur le site de Jacques Duran.

Certains pensent qu'il a des problèmes de santé, si c'est vrai on espère qu'il les surmontera vite afin de pouvoir nous gratifier à nouveau des excellents articles dont lui seul a (avait ?) le secret.

Jacques Duran, qui a maintenant 76 ans, fait partie de ces « retraités » remettant en cause la littérature scientifique alors qu'ils ne sont en rien spécialistes du sujet dont ils causent, tels que Claude Allègre ou Fred Singer que j'ai évoqué pas plus tard qu'hier.

Je souhaite à tous ces vieux barbons de vivre encore très longtemps, si possible centenaires et en possession de toutes leurs facultés mentales, aussi altérées fussent-elles à l'instant présent (elles ne risquent pas de s'arranger avec le passage du temps...), afin de profiter pleinement de la dure réalité qu'ils se seront escrimés à nier durant tant d'années ; dussent-ils souffrir de nombreuses canicules à répétitions alternant avec des brusques coups de froid venant d'un air polaire amené ici à cause de l'affaiblissement du jet-stream, je pense que cela ne serait que justice à leur rendre pour leurs bons et loyaux services au profit des industries fossiles en particulier et de la société de consommation en général (et vive le libéralisme économique !)

Pour constater que quelqu'un comme Jacques Duran s'est laissé emporter à dire un peu n'importe quoi, c'est simple, pas besoin d'être un bac+25, il suffit de consulter son site, par exemple ici quand, en 2009, il balançait à ses lecteurs éblouis par tant de science le graphique suivant :

Prédiction d'un coup de froid imminent, tiré de Akasofu.

La petite flèche verte est censée indiquer l'année 2008, ou le début de 2009, on ne sait pas trop, mais on s'en fiche un peu...

Et Duran de conclure son article par
[...] Akasofu explique que "L'échec du GIEC vient du fait que de (sic) dernier a beaucoup exagéré l'effet du CO2 tout en minimisant les causes naturelles du changement des températures"
On ne saurait mieux dire !

Sans blague !

Mais il est vrai que Duran a toujours prêché que l'augmentation de température constatée (pas si terrible d'ailleurs d'après lui) ne serait due principalement qu'à l'action du soleil.

Il écrivait un peu plus haut dans le même article :
Comme chacun le sait, le soleil est la source principale qui réchauffe notre planète. L'autre étant la géothermie. Le soleil, autour duquel orbite notre planète et nos consœurs n'émet pas un flux d'énergie constant dans l'espace et dans le temps. Il n'émet pas seulement des rayons lumineux UV, visibles et IR, mais aussi des champs magnétiques intenses et des vents de particules qu'on appelle "solaire". Compte tenu des lois de la mécanique céleste, et des influences externes que subit notre galaxie, elles-mêmes soumises aux mêmes lois, il est assez logique d'imaginer que la température peut et doit subir une variation plus ou moins cyclique dans le temps.
Tout cela pour dire, donc, avec l'appui du graphique d'Akasofu, que nous allions, à partir de 2010, plonger dans un cycle « refroidissant » et qu'il nous fallait prévoir d'acheter quelques petites laines en prévision.

Maintenant que nous sommes en 2018, soit 8 ans seulement après cette terrible prédiction semi-apocalyptique, nous pouvons faire le bilan et voir ce qu'il en est de la réalité ; comme les satellites n'ont commencé à cracher leurs données qu'à partir de 1979, voici tout ce que l'on peut trouver depuis cette date jusqu'à aujourd'hui avec l'aide de woodfortrees :

Source woodfortrees
Deux constatations :
  1. La petite flèche verte de Jacques Duran indiquait approximativement la même température qu'en 1998, ce qui est confirmé par l'ensemble de ces données ( en 2008-2009 on a sensiblement la même température que durant (sic) le pic El Niño de 1998) ;
  2. Par contre, même en écarquillant bien les yeux, on cherche encore le « plongeon » des températures qui était supposé se produire à partir de 2010, si vous le voyez faites-moi signe.
A toutes fins utiles je rappellerai une énième fois que Benoit Rittaud, comme je l'ai démontré ici, se basait sur ce genre de prédiction fantaisiste « à la Akasofu » pour proférer ses énormités ; un autre exemple avec cet article daté de fin 2009, donc contemporain des élucubrations de Rittaud et Duran, intitulé Geology professor forecasts abrupt cooling (Un professeur de géologie prédit un brusque refroidissement) dans lequel on pouvait admirer cette petite merveille :

Figure 4.  Projection of climate changes of the last century and past 500 years into the future.  The black curve is temperature variation from 1900 to 2009; the red line is the IPCC projected warming from the IPCC website in 2000; the blue curves are several possible projections of climate change to 2040+ based on past global cooling periods (1945-1977; 1880 to 1915; and 1790 to 1820). The lack of sun spots during the past solar cycle has surpassed all records since the Dalton Minimum and some solar physicists have suggested we may be headed for a Dalton or Maunder type minimum with severe cooling.

Evidemment Benoit Rittaud s'était « inspiré » de la littérature climatosceptique de l'époque pour pondre sa fumeuse prédiction, mais en bon négateur qui se respecte il est allé jusqu'à refuser d'admettre qu'il s'était planté et n'avait trouvé pour me répondre que cette piteuse justification :
Benoît Rittaud le 11 novembre 2016 à 15 h 50 min

Géd, l’article que vous citez est un pastiche. Je sais que vous me détestez, mais faites quand même un effort pour comprendre, quand vous me lisez…
Alors que le tout premier commentateur de son article disait exactement :
1. Laurent Berthod | 12/01/2010 @ 0:14 Je cite l’article :
« Il reste que, contrairement aux prévisions du GIEC, la température de la Terre a brutalement chuté depuis trois ans »
C’est-ce que, dans son article du Mail Online, dit Richard North à propos des derniers hivers en Grande-Bretagne. J’ai moi-même observé un hiver un peu plus froid chaque année ces trois dernières années dans le nord Vaucluse. J’en ai fait un petit article humoristique sur mon blog, avec quand même dans l’idée de susciter quelques doutes chez mes lecteurs sur ce que racontent les réchauffistes. [...]
Ainsi Laurent Berthod confirmait naïvement que l'article de Benoit Rittaud n'avait rien d'un pastiche puisqu'il le prenait au premier degré et n'a à aucun moment été contredit par la suite par qui que ce soit dans le fil des commentaires.

Faut-il rappeler que c'est approximativement à partir de cette date (novembre 2016) que j'ai été interdit chez Skyfall et Mythes et Mancies ?

Tant il est vrai que quand on titille Benoit Rittaud sur ses incohérences et ses à-peu-près (et il y en a à la pelle) on finit par l'agacer sérieusement et que la seule solution qu'il ait trouvée c'est de vous couper le micro et de demander au service d'ordre de vous faire sortir de la salle.



samedi 19 mai 2018

Fred Singer dans ses (basses) oeuvres

Est-il nécessaire de présenter le pathétique Fred Singer ? Il fut il y a fort longtemps, parait-il, un scientifique estimé ayant commencé sa longue carrière en concevant des mines pour l'US Navy durant la Seconde Guerre mondiale, pour la terminer piteusement comme porte-parole de Big Oil, après avoir exercé ses talents de faux sceptique, souvent en compagnie de son pote Fred Seitz, en affirmant notamment que le tabagisme passif ne présentait pas le moindre risque, ou que les pluies acides étaient une fable, ou que l'amiante était sans danger, ou que les CFC n'avaient aucun effet sur la couche d'ozone ; comme depuis quelque temps il n'y a plus de doute sur ces sujets, Freddy s'est naturellement tourné vers la pseudo-science du climatoscepticisme qui lui promettait de juteux revenus permettant de mettre un peu de beurre dans ses épinards avariés.

Bien qu'il aille sur ses 94 ans il a toujours la force (à moins qu'un prête-plume inconnu utilise son nom) d'écrire des âneries, notamment le 15 mai dernier dans le Wall Street Journal, avec un article intitulé The Sea Is Rising, but Not Because of Climate Change (La mer monte, mais pas à cause du changement climatique)

A la date d'aujourd'hui cet article a attiré 745 commentaires, avec le pire et le meilleur, par exemple (à vous de deviner ce qui est le pire et ce qui est le meilleur) :
Here is the abysmal record of the Wall Street Journal reporting on climate change. This farcical new piece by Fred Singer on sea-level rise supposedly being unrelated to global warming is no accident but a systemic failure at WSJ. The share of articles representing mainstream science:Editorials: None. Op-eds: 14%. Columns: 3%. 
Voici donc le record abyssal parmi les reportages du Wall Street Journal sur les changements climatiques. Cette nouvelle pièce ridicule de Fred Singer sur l'élévation du niveau de la mer supposément sans rapport avec le réchauffement climatique n'est pas un accident mais un échec systémique du WSJ. La part des articles représentant la science dominante :
Editoriaux : Aucun. Tribunes libres : 14%. Colonnes : 3%.
This is quite definitely a reasonable scientific report unlike the fixed and inconsistent data reported by climate alarmists. It should be part of the ongoing research and not cast aside as climate fanatics are prone to do with any information they disagree with.
True climatologist welcome all data and all info and the charlatans are the scientists who cannot allow any debate - that is always a red flag for poor data and inability to defend your position. 
Ceci est certainement un rapport scientifique raisonnable contrairement aux données truquées et incohérentes rapportées par les alarmistes du climat.
Cela devrait faire partie de la recherche en cours et ne pas être mis de côté car les fanatiques du climat sont enclins à faire avec toute information avec laquelle ils ne sont pas d'accord. Un vrai climatologue souhaite la bienvenue à toutes les données et toutes les informations et les charlatans sont les scientifiques qui ne peuvent permettre aucun débat - c'est toujours un signal d'alarme de mauvaises données et d'incapacité de défendre votre position.
Où l'on voit que le lavage de cerveau a opéré pour l'un des deux commentateurs qui emploie les éléments de langage habituels des climato-irréalistes.

N'oublions pas que Fred Singer est un auteur actif du Heartland Institute qui lui trace un portrait extrêmement flatteur.

Fred Singer, le chouchou du Heartland Institute.
Mais il a aussi sa fiche chez Desmogblog, ce qui fait contrepoids et permet d'expliquer un peu mieux les motivations de l'individu.

Mais voyons un peu ce qu'il a bien pu écrire (avec les pieds ?) dans le WSJ ; ce n'est pas moi qui vais commenter/critiquer les multiples contre-vérités qu'on peut y trouver, je laisse cela à des spécialistes, à savoir le site Climate Feedback qui lui taille un costard en bonne et due forme.

Ce site s'est donné pour mission de réfuter les fausses nouvelles concernant le climat, en faisant appel pour cela à des experts reconnus dans le domaine (la liste des réviseurs est disponible ici, on peut y trouver notamment Kerry Emanuel, Jean-Pierre Gattuso ou Didier Swingedouw, parmi bien d'autres, la liste comptant environ 350 noms...)

L'article réfutant les énormités de Fred Singer s'intitule sobrement Wall Street Journal commentary grossly misleads readers about science of sea level rise (Les commentaires du Wall Street Journal trompent gravement les lecteurs sur la science de l'élévation du niveau de la mer) et compte les réviseurs critiques suivants :
  • Benjamin Horton (Professor, Earth Observatory of Singapore - Expertise : Past and Future sea level changes) ;
  • Chris Roberts (Research Scientist, ECMWF/Met Office - Expertise: Climate change & variability, Predictability, Oceanography, Sea level) ;
  • Ernst Schrama (Associate Professor, Delft University of Technology - Expertise: Geodesy, Sea level, Cryosphere) ;
  • Keven Roy (Research Fellow, Nanyang Technological University - Expertise: Sea level change and variability, Climate dynamics) ;
  • Stefan Rahmstorf (Professor, Potsdam University - Expertise: Atlantic Meridional Overturning Circulation, Sea level rise)
A priori, donc, des chercheurs connaissant bien mieux le sujet qu'un Fred Singer qui est passé du tabac au climat en traversant le trou de la couche d'ozone et les pluies acides en niant à chaque fois qu'il y avait le moindre problème.

Et quelle est la note qu'ils donnent à notre savant extra-lucide ?

Note apposée sur la mauvaise copie de Fred Singer.

Un enseignant écrirait en marge en grosses lettres rouges quelque chose comme « Travail bâclé, les bases n'ont pas été assimilées et la logique est défaillante. A refaire ! »

Je ne vais reprendre ici que le seul point concernant la vitesse de la hausse des océans, là où Singer écrit :
But there is also good data showing sea levels are in fact rising at an accelerating rate, 1 to 2 millimeters a year. (Mais il existe également de bonnes données montrant que les niveaux de la mer augmentent en réalité à un rythme accéléré, de 1 à 2 millimètres par an.)
Vraiment ?

Ici Fred Singer se fiche littéralement de la tête de ses lecteurs en commençant par dire qu'il y a accélération de l'élévation du niveau des mers, pour finalement lâcher un piteux « de 1 à 2 millimètres par an » !

Il est immédiatement recadré par Keven Roy :
This is not the current rate of observed global mean sea level rise. It is rather around 3.0 mm/yr*. (Ce n'est pas le taux actuel d'augmentation moyenne du niveau de la mer observée à l'échelle mondiale. Il est plutôt d'environ 3,0 mm / an *)

Mais Singer continue plus loin :
By 2100 the seas will rise another 6 inches or so—a far cry from Al Gore’s alarming numbers (En 2100, les mers vont augmenter de 6 pouces environ - loin des chiffres alarmants d'Al Gore)
Remis en place par Benjamin Horton :
They are not Al Gore’s numbers! These are the sea-level rise projections from the scientific community who go through the peer review process. That is, the evaluation of the sea-level projections by one or more people of similar competence to the producers of the work (peers). It constitutes a form of self-regulation by qualified members of a profession within the relevant field. Peer review methods are employed to maintain standards of quality, improve performance, and provide credibility of sea level projections.[read “Sea level could rise by as much as 1 or 2 meters (3.3-6.6 feet) by the year 2100” for further details] (Ce ne sont pas les chiffres d'Al Gore ! Ce sont les projections de l'élévation du niveau de la mer de la communauté scientifique qui passent par le processus d'évaluation par les pairs. C'est-à-dire, l'évaluation des projections du niveau de la mer par une ou plusieurs personnes de compétence similaire aux producteurs de l'œuvre (pairs). Cela constitue une forme d'autorégulation par des membres qualifiés d'une profession dans le domaine concerné. Les méthodes d'examen par les pairs sont utilisées pour maintenir les normes de qualité, améliorer la performance et assurer la crédibilité des projections du niveau de la mer.
[lire "Le niveau de la mer pourrait augmenter jusqu'à 1 ou 2 mètres (3,3-6,6 pieds) d'ici 2100" pour plus de détails]
)
Les 6 pouces (15,24 centimètres) de Fred Singer pour l'an 2100 sont à comparer avec les 1 à 2 mètres probables des (vrais) scientifiques...

Et tiens, tant que nous y sommes, que nous dit AVISO ?

Niveau moyen des mers à partir de l'altimétrie (source aviso.altimetry)

4,75 millimètres par an !

Ah oui, il faut vous dire, je me suis livré à un horrible cherry-picking, j'ai sélectionné la période 2013-2018 durant laquelle la hausse a effectivement été de 4,75 millimètres par an, soyons plus raisonnable et prenons une période un peu plus grande :

Niveau moyen des mers à partir de l'altimétrie (source aviso.altimetry)

Voilà, c'est un peu plus sérieux, et ça donne...3,32 millimètres par an en moyenne sur la période 1993-2018 !

Ah oui mais non, les données sont certainement truquées, cela ne peut pas être possible, même avec les explications de cette montée des eaux :
The variations can come from several sources (see below). Past variations can be reconstructed from several indicators. Since the 19th century, or even a bit earlier at some places, tide gauges have recorded such variations. Today, satellite altimetry (continuously since 1992), autonomous floats (Argo floats since 2003) and gravimetry data (Grace satellite) enable to measure Mean Sea Level variations, or some of their components. Ocean models are also used to understand and quantify those phenomena.
Les variations peuvent provenir de plusieurs sources (voir ci-dessous). Les variations passées peuvent être reconstruites à partir de plusieurs indicateurs. Depuis le 19ème siècle, ou même un peu plus tôt à certains endroits, les marégraphes ont enregistré de telles variations. Aujourd'hui, l'altimétrie satellitaire (continue depuis 1992), les flotteurs autonomes (flotteurs Argo depuis 2003) et les données gravimétriques (satellite Grace) permettent de mesurer les variations du niveau moyen de la mer, ou de certaines de leurs composantes. Les modèles océaniques sont également utilisés pour comprendre et quantifier ces phénomènes.
The sea level can vary over long periods for several reasons:
water mass variations:
water can be added to the ocean, either by increased rain over the ocean, or run-off from the rivers; glaciers melting can also add water. On the reverse, more artificial reservoirs leads to a run-off decrease, and thus to less water being brought to the ocean. Increased evaporation can also decrease the water mass (as well as glaciation, as it happened during last Ice age, when sea level was about 100 m below the nowadays level)
temperature variations:
water dilates when it warms, which leads to higher sea level. Among other things, it leads to sea level seasonal variations, and also year-to-year variations linked to climate events (e.g. El Niño). Temperature changes over longer time scale (global warming) have, of course, also an impact.
salinity variations:
the saltier the water, the denser it is; thus saltier water will have a lower level. Salinity variations can occur by fresh water addition (increased run-off, rain, or ice melting), which decreases salinity, or by increased evaporation, or by glaciation, which increase salinity.
ocean circulation changes:
changes in sea level can be due to changes in the ocean circulation. Over periods of ten years or more, the currents can shift position.
Le niveau de la mer peut varier sur de longues périodes pour plusieurs raisons:
variations de masse d'eau:
l'eau peut être ajoutée à l'océan, soit par l'augmentation de la pluie sur l'océan, soit par le ruissellement des rivières; la fonte des glaciers peut également ajouter de l'eau. Au contraire, plus de réservoirs artificiels entraînent une diminution du ruissellement et donc une diminution de l'apport d'eau dans l'océan. L'augmentation de l'évaporation peut également diminuer la masse d'eau (ainsi que la glaciation, comme cela s'est produit au cours de la dernière période glaciaire, lorsque le niveau de la mer était d'environ 100 m au-dessous du niveau actuel)
variations de température:
l'eau se dilate quand elle se réchauffe, ce qui conduit à un niveau plus élevé de la mer. Cela entraîne, entre autres, des variations saisonnières du niveau de la mer, ainsi que des variations d'une année à l'autre liées aux événements climatiques (par exemple El Niño). Les changements de température sur une échelle de temps plus longue (réchauffement climatique) ont, bien sûr, également un impact.
variations de salinité:
plus l'eau est salée, plus elle est dense; ainsi l'eau plus salée aura un niveau inférieur. Les variations de salinité peuvent se produire par l'ajout d'eau douce (écoulement accru, pluie ou fonte de la glace), qui diminue la salinité, ou par une augmentation de l'évaporation, ou par la glaciation, qui augmente la salinité.
changements de circulation océanique:
les changements du niveau de la mer peuvent être dus à des changements dans la circulation océanique. Sur des périodes de dix ans ou plus, les courants peuvent changer de position.

Cycle de l'eau: L'eau s'évapore de tous les plans d'eau et de la végétation. La vapeur d'eau se condense ensuite pour former des nuages qui peuvent précipiter la pluie, la neige ou la grêle. L'eau retourne ainsi au sol, où elle est absorbée par les plantes ou s'écoule dans les rivières et les ruisseaux. L'eau peut également s'infiltrer lentement dans le sol jusqu'aux couches inférieures, où elle recharge les eaux souterraines et le système des rivières et des cours d'eau. L'eau s'accumule également pendant la période froide dans les glaciers, qui fondent lorsque les températures augmentent. Les variations climatiques modifient la quantité d'eau que ces processus contribuent au cycle et ont donc un impact sur le niveau des mers et des lacs. Les fluctuations du niveau des eaux continentales peuvent aussi être le résultat direct des activités humaines, telles que la construction de barrages sur les rivières ou les prélèvements d'eau pour irriguer les cultures. (Crédits Cnes / D. Ducros)



C'est quand même malheureux à dire, mais Singer laissera à la postérité, comme quelques ex-scientifiques (heureusement peu nombreux) s'exprimant sur le tard, le souvenir d'un véritable bouffon.



Lire également :
Et aussi, les usual suspects...



jeudi 17 mai 2018

Voici pourquoi armer les enseignants (ou les citoyens) n'est vraiment pas une bonne idée

Lu dans l'Express page 12, dans les actualités de la semaine :
Samedi 12 mai, une des balles tirées par la police pour stopper Khamzat Azimov a fini sa course dans un café du quartier de l'Opéra, à Paris. L'autre a atteint mortellement le terroriste.[le reste sans importance]
Ainsi on comprend qu'au moins deux balles ont été tirées par un policier et que l'une d'entre elle est allée se perdre dans un café voisin...

Information confirmée sur certains détails par France Soir
Le policier dit avoir utilisé à deux reprises son arme paralysante, mais sans succès. "Ce pistolet c’est un peu comme une prise électrique, il faut que les deux ardillons touchent en même temps la cible pour que cela fonctionne. (Il) a une portée de trois mètres pour être efficace. Mais trois mètres, c’est peu quand vous êtes face à un individu armé d’un couteau".

Entre les deux tentatives, l'agresseur a déjà tenté de poignardé (sic) un des policiers mais sa lame s'est heurté (sic) au gilet pare-balles. "Mon collègue sait que je n’ai que deux cartouches, et il décide de tirer. À deux reprises. Une des deux balles touche l’assaillant qui, blessé, tombe au sol", poursuit le policier.
Une video nous permet également de corroborer ce qu'écrivent L'Express et France Soir, avec l'interview sur les lieux des faits d'un des deux policiers pris à partie par le déséquilibré, plus exactement celui qui a tenté d'arrêter celui-ci avec son pistolet Taser, sans succès ; avec en prime des images du point d'impact de la balle ayant « raté » l'agresseur :

Source videos

Source videos
Récapitulons :
  • Apparemment deux policiers en service et armés correctement, l'un avec un Taser (on ne sait pas pour l'autre) et les deux avec chacun un pistolet tirant à balles réelle, font face à un individu qu'ils prennent pour un « simple » déséquilibré (ils ne sont pas au courant qu'il a déjà tué une personne avec son couteau) ;
  • L'agresseur tente de poignarder l'un des deux policiers mais la lame de son couteau se brise sur son gilet pare-balles ;
  • Un policier tente de neutraliser l'agresseur avec son Taser, à deux reprises, mais semble avoir fait preuve d'un manque flagrant de sang-froid (pour ne pas dire qu'il a paniqué...) en utilisant son arme de trop loin, rendant les deux tirs inopérants ;
  • L'autre policier, voyant que son collègue a manqué ses deux tirs et que de plus l'agresseur a tenté de le poignarder, tire à deux reprises alors qu'il est quasiment au corps-à-corps avec lui, mais malgré cela une des deux balles se retrouve dans la vitre d'un café, et donc dans le café lui-même !
Conclusion que l'on pourrait tirer à chaud :
  • Il faudrait équiper la population avec des gilets pare-balles afin de la protéger efficacement.
Ceci est une (demie) boutade.

Evidemment qu'il est irréaliste d'équiper toute la population avec des gilets pare-balles.

Mais est-il plus réaliste de l'équiper avec des armes à feu afin de faire face à ce genre de situation ?

Selon certains (comme ici chez Contrepoints avec l'inénarrable h16
IL N’Y A AUCUNE CORRELATION entre morts par balle et détention d’armes à feu.
Un peuple désarmé, c’est plein de contribuables. Un peuple armé, c’est plein de citoyens.
Il existe plein de pays avec plus d’armes par habitant que la France et pour lesquels l’insécurité perçue ou réelle est plus faible.
Vous me direz que le déséquilibré (car c'en est un, c'est trop facile de simplement le traiter de terroriste à la solde de DAESCH) n'avait qu'un simple couteau et qu'il n'a donc pas tué avec une arme à feu, mais je répondrais à cette objection deux choses :
  • C'est h16 lui-même qui a amené le sujet en relation avec cet « attentat », la discussion a donc dérapé en partant d'une attaque à l'arme blanche pour en arriver aux « morts par balles et détention d'armes à feu » ;
  • Ensuite, qu'aurait-on dit, et surtout qu'aurait écrit h16 si la balle perdue du policier s'était retrouvée dans la tête d'un client prenant tranquillement une collation dans le café.
Alors je demande à chacun de bien réfléchir au fait que nous étions en présence de deux jeunes policiers, armés, entrainés (en principe) à faire face à ce genre de situation, et que ces deux policiers n'ont pas été capables de gérer l'incident de manière convenable en maitrisant l'agresseur sans risquer de faire des victimes collatérales.

Vous me direz (encore) que vous voudriez bien m'y voir, moi, à leur place, et vous auriez raison.

Laissez-moi vous dire que malgré mes 40 ans de pratique du judo je ne suis pas du tout certain que j'aurais su maitriser l'individu...avec une arme à feu ! Pour cela encore faudrait-il que je sois entrainé régulièrement (et pas tous les trois ans) au tir en situation proche de la réalité, et pas seulement en faisant des cartons sur des cibles immobiles.

Et même en étant entrainé, comme doivent l'être ces deux policiers, eh bien euh...nous avons vu le résultat...

A la limite j'aurais eu davantage de chance en affrontant l'agresseur à mains nus en faisant confiance à mes réflexes de judoka entrainé au combat et (un peu) à la self-défense, mais ce n'est même pas certain, car il était jeune et vigoureux et en ce qui me concerne, euh...bon enfin, vous m'avez compris, on ne peut pas être et avoir été...

Seulement voilà, peu de gens sont aptes à se battre dans la rue, que ce soit avec ou sans armes ; et avec une arme ils peuvent se montrer plus dangereux qu'un agresseur en ne maitrisant pas son maniement, alors pensez-donc, armer les citoyens pour qu'ils se défendent contre des terroristes ou de simples déséquilibrés, c'est vraiment se moquer du monde.

Et dire que le clown d'outre Atlantique a (ou avait) dans l'idée d'armer les professeurs afin qu'ils puissent neutraliser les tueurs de masse dont l'Amérique semble si friande (380 morts en 2015, avec près d'une tuerie par semaine dans les écoles, 30 tueries de masse déjà au 15 février 2018) comme s'il s'agissait de LA solution au problème.

A la date d'aujourd'hui nous en sommes à ce bilan (aux Etats-Unis bien sûr) d'après gunviolencearchive

Bilan au 16 mai 2018 (source gunviolencearchive)

Donc oui, 100 tueries de masse au 16 mai, soit 70 de plus depuis le 15 février ; et surtout plus de mille enfants et adolescents tués ou blessés, dont on ne sait pas quelle est la proportion concernant les tueries de masse ou les « autres » décès par arme à feu, mais est-ce vraiment important à ce stade de faire la différence ?

On notera les « tirs non intentionnels », au nombre de 623, démontrant s'il était nécessaire que l'usage des armes à feu n'est pas des plus évidents et que même au pays des armes à feu il y a de nombreux individus qui ne savent pas s'en servir ! 

Et The Conversation nous explique pourquoi ce n'est vraiment pas une bonne idée d'armer les professeurs.

Tout d'abord parce que « l'un des plus grands risques liés à l'armement des enseignants serait de manquer la cible - littéralement. » !

Et c'est là que nous apprenons que d'après une étude intitulée Evaluation of the New York City Police Department Firearm Training and Firearm-Discharge Review Process (Évaluation de la formation sur les armes à feu et du processus d'examen des décharges d'armes à feu du service de police de la ville de New York) « les policiers impliqués dans des fusillades tirent avec un taux de précision...de seulement 18% » !! On peut lire page 14 :
As has been reported nationally, police officers often miss their targets (Morrison, • 2006, p. 332). The NYPD reports hit-rate statistics both for officers involved in a gunfight and for officers who shoot at subjects who do not return fire. Between 1998 and 2006, the average hit rate was 18 percent for gunfights. Between 1998 and 2006, the average hit rate in situations in which fire was not returned was 30 percent. In 2006, the hit rate against subjects who did not return fire was 27 percent.
Comme cela a été rapporté à l'échelle nationale, les agents de police manquent souvent leurs cibles (Morrison, • 2006, page 332). Le NYPD rapporte des statistiques de taux de réussite à la fois pour les officiers impliqués dans une fusillade et pour les officiers qui tirent sur des sujets qui ne ripostent pas. Entre 1998 et 2006, le taux de succès moyen était de 18% pour les fusillades. Entre 1998 et 2006, le taux de succès moyen dans les situations où le feu n'a pas été renvoyé était de 30%. En 2006, le taux de réussite contre les sujets n'ayant pas riposté était de 27%.
Ainsi des professeurs nécessairement bien moins entrainés que des policiers auraient un taux de « réussite » encore plus bas, avec de grandes « chances » de toucher autre chose que leur objectif, des enfants par exemple...

Sans compter que les tueurs auraient, quant à eux, des objectifs à neutraliser en priorité, à savoir les professeurs !

Et une étude, intitulée Preparing for the Attack: Mitigating Risk through Routines in Armed Self-Defense (Se préparer à l'attaque : réduire les risques par des routines dans l'autodéfense armée), vient expliquer les raisons qui font rater les cibles ; en voici le résumé :
Prior research has shown that owning firearms for self-defense can be motivated by perceived risks and a desire to mitigate those risks. Keeping and carrying guns for self-defense also introduces risks to owners and others. We examine ways that consumers mitigate these latter risks. We employ theories of practice and prior work on risky consumption to interpret observational, interview, and textual data gathered from a multi-sited ethnography of consumers of handguns for self-defense. We reveal that these consumers attempt to mitigate risks in three ways: through readiness practices with guns but no assailant, simulated scenario practices incorporating simulated assailants, and mental rehearsals incorporating imagined assailants. This research contributes a model of risk mitigation in risky consumption, explicates how social norms and mental activities foster a sense of security from specific risks, and shows that collaboration is required for development of practical understanding of risk-mitigating routines that incorporate multiple people. 
Des recherches antérieures ont montré que posséder des armes à feu pour se défendre peut être motivé par des risques perçus et un désir d'atténuer ces risques. Garder et porter des armes à feu pour l'auto-défense présente également des risques pour les propriétaires et les autres personnes. Nous examinons les façons dont les consommateurs atténuent ces derniers risques. Nous utilisons des théories de la pratique et des travaux antérieurs sur la consommation risquée pour interpréter les données d'observation, d'entrevue et de texte recueillies à partir d'une ethnographie multi-localisée de consommateurs d'armes de poing pour la légitime défense. Nous montrons que ces consommateurs tentent d'atténuer les risques de trois façons : par des pratiques de préparation avec des armes à feu, mais sans agresseur, des pratiques simulées comprenant des assaillants simulés, et des répétitions mentales incorporant des assaillants imaginés. Cette recherche fournit un modèle d'atténuation des risques dans la consommation risquée, explique comment les normes sociales et les activités mentales favorisent la sécurité face aux risques spécifiques et montre qu'une collaboration est nécessaire pour développer une compréhension pratique des routines d'atténuation des risques incluant plusieurs personnes.
N'ayant pas accès à l'étude, qui est payante, je reprends ce qu'en dit The Conversation ; ça tombe bien, ceux qui ont écrit l'article sont parmi les auteurs de l'étude en question, et ils ont « mis la main à la pâte » puisque
Pendant 24 mois, l'équipe de recherche a suivi 6 879 discussions dans quatre forums de discussion en ligne axés sur l'autodéfense armée. Un auteur a suivi une formation sur les permis de pistolet dissimulé. Deux auteurs ont assisté à la convention annuelle de la NRA. Les principaux auteurs ont assisté à deux expositions d'armes à feu et ont interrogé deux policiers et neuf civils qui gardaient et / ou portaient des armes de poing pour se défendre.
On apprend ainsi que certains individus ont exprimé leurs craintes de ne pas pouvoir appliquer ce qui leur avait été enseigné s'ils devaient se retrouver un jour confrontés à une situation de danger réelle ; ils avaient peur d'être littéralement « tétanisés » (possibility of “freezing up”) ou de sortir leur arme de manière maladroite (clumsily drawing their weapons)

Mais surtout, beaucoup, y compris des policiers et des militaires, reconnaissent que se retrouver dans une situation de stress provoque (ou peut provoquer) des « réponses physiques involontaires » (involuntary physical responses) comme un emballement des battements du cœur ou une « perte de motricité fine » (loss of fine motor skills)

D'autres risques bien compréhensibles sont notés, comme celui de se tromper de cible et de tirer sur un innocent, ou bien tout simplement d'être pris pour cible par le tueur qui voit que vous êtes armé.

Une autre raison, principalement due au contexte, est que dans les tueries de masse se produisant dans les écoles et collèges les tueurs sont très souvent des étudiants que les professeurs connaissent très bien ; on comprend ce qui doit alors se passer dans la tête d'un enseignant qui se retrouve face à face avec l'un de ses élèves...va-t-il lui tirer dessus sans réfléchir...? et s'il réfléchit trop longtemps...?

Mais finalement, et « ironiquement » devrait-on dire, ce qui fait que la mesure d'armer les enseignants serait une bêtise c'est tout bonnement que les tueries de masse dans les écoles et collèges sont...rares ! Seulement 17% pour la période 2000-2013, soit 27 tueries de masse au total dans des établissements scolaires (écoles élémentaires, moyennes et secondaires) ; de ces chiffres j'en déduis personnellement qu'il y a eu un total de 160 tueries de masse pour la période 2000-2013 (27 / 0,17 = 159 exactement) à comparer avec les 100 tueries de masse comptabilisées en 2018 au 16 mai...

De tout cela on peut tirer deux conclusions :
  1. Il y a une accélération très nette du nombre de tueries de masse ;
  2. Armer les enseignants, avec un ratio bénéfice/risque très défavorable, est ce que l'on peut appeler l'archétype de la fausse bonne idée.
Mais il y a plus intéressant encore quand on apprend, d'après un rapport du FBI,  qu'entre 2000 et 2013 ce sont des civils non armés qui sont davantage venus à bout d'« événements de tireurs actifs » (active shooter events) par comparaison avec des civils armés : 13,1% contre 3,1% respectivement :

Extrait de la page 11 du rapport du FBI (source fbi.gov)

Il y a pourtant des solutions pour minimiser les risques, elles sont mentionnées au nombre de 10 dans un autre article de The Conversation, les voici :
  1. Teach social and emotional skills
  2. Hire more counselors and school resource officers
  3. Use technology to identify troubled students
  4. Doctors should conduct standard mental health screenings
  5. Enlist social media companies in the effort to detect threats
  6. Think critically about your child’s social media use
  7. Consider what your child is missing out on
  8. Assess your child’s relationships
  9. Fret productively about screen time
  10. Talk with your child
Mais tout cela c'est bien compliqué, alors qu'armer les citoyens c'est tellement plus simple, n'est-ce pas ?

Et puis comme le dit si bien h16 :
Il existe plein de pays avec plus d’armes par habitant que la France et pour lesquels l’insécurité perçue ou réelle est plus faible.
Evidemment sans nous donner la moindre preuve de ce qu'il avance ; et à supposer qu'il y ait quelques pays où l'on trouve davantage d'armes par habitant qu'en France avec une criminalité moindre (la Suisse j'imagine) est-ce qu'on peut honnêtement en déduire une vérité valable à l'ensemble de la planète ?

Il y a un site qui recense les homicides par armes à feu dans le monde, il s'appelle stacian et voici ce qu'il nous montre :

Nombre d'homicides pour 100 000 habitants en 2012 (source stacian)

Les Etats-Unis ne sont cependant pas en tête, ils sont nettement devancés par des pays comme la République Démocratique (sic) du Congo ou le Venezuela, ce qui n'est pas particulièrement rassurant...

J'avais déjà évoqué la question des armes à feu dans Comment résoudre le problème des armes à feu ? Avec davantage d'armes à feu !, et je mentionnais le site gunpolicy en prévenant qu'il avait cessé ses mises à jour en 2016 faute de financement, cependant je m'aperçois qu'il y a des documents datés de mars 2018, donc il a repris du service. N'hésitez pas à le consulter et à comparer notre beau pays, la France, avec au hasard les Etats-Unis, rien que pour voir. Par exemple :

Nombre d'armes à feu possédées par les civils (source gunpolicy)

Nombre total de décès par arme à feu (source gunpolicy)

Mais ça vous le saviez déjà, non ?


Lire aussi