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samedi 23 septembre 2017

L'équation de Kaya

Certains commentateurs du site climatosceptique Skyfall m'étonneront toujours par leur incapacité à se documenter correctement ; ainsi le dénommé JC nous démontre sa grande incapacité à comprendre un concept qui pourtant est d'une simplicité quasiment effrayante :

http://www.skyfall.fr/2016/03/04/bistrot-du-coin-20161/
  • 2810.  JC | 22/09/2017 @ 18:52  
    • J’avais cru avoir écrit cela, mais le message a disparu :
    • Ce n’est pas moi qui le dit, cela s’appelle équation de Kaya.
      Dans une équation il y a une inconnue d’un côté et autre chose de l’autre côté du signe égale.
      Ici on a l’inconnue (CO2) de chaque côté du signe égale.
      On a donc tendance à résoudre l’équation qui nous mène immédiatement à CO2 = CO2, puisque chaque élément de « l’équation » se simplifie par lui-même, ce qui est absurde. Je n’ai jamais vu cela dans aucune formule !
      Prenons d’autres formules :
      – par exemple E=MC2 : là, rien à simplifier, je rentre des paramètres connus dans la formule puis j’en déduis l’inconnue.
      – autre exemple vitesse (km/h) = distance (km) / temps (h) : là aussi il n’y a pas deux fois le même élément que je pourrais immédiatement supprimer : j’ai une vitesse, une distance et un temps. Cette formule sert à qqchose.
      Maintenant si j’écris la formule de la vitesse à la sauce Kaya, cela deviendrait: vitesse = vitesse x d/t x t/d ce qui n’a aucun intérêt.
      N’oublions pas l’équation de Kaya c’est quand même d’après Wikiwand : CO2 = POP/POP x PIB/PIB x E/E X CO2
      Je pense donc qu’il s’agit d’un canular.
C'est un peu ce que l'on pourrait appeler confondre la queue du chien avec son museau ; JC prend l'équation entière et la résout pour arriver à CO2 = CO2, puis en tire la conclusion qu'il s'agit d'un canular ; il ne lui viendrait pas à l'idée qu'au contraire il faut partir de CO2 = CO2 puis ajouter les autres paramètres chaque fois en divisant et multipliant par la même valeur afin que l'équation demeure toujours valable ; il me semble qu'il s'agit là de mathématiques très élémentaires, même si personnellement je n'ai jamais été doué dans cette matière...

Il parait, d'après Wikipédia, que c'est Jean-Marc Jancovici qui aurait popularisé cette équation en France :
  • En France, l'équation de Kaya a été popularisée par Jean-Marc Jancovici qui l'a utilisée pour montrer les contraintes qui pèsent sur la réduction des émissions de CO2. Ainsi, si la croissance de la population et du niveau de vie se poursuit au rythme actuel (2010), le PIB mondial sera multiplié par 3 d'ici à 2050 :
    • POP : x 1,33 en 40 ans
    • PIB/POP : + 2% par an, soit x 2,2 en 40 ans
  • Pour diviser par 3 les émissions de CO2 à cet horizon, il faudrait donc diviser par 9 l'ensemble des deux autres termes de l'équation, intensité énergétique du PIB et contenu en CO2 de l'énergie. Or, au vu de leur évolution actuelle, une division par 9 n'est pas réaliste. Il en conclut que la division par 3 des émissions de CO2 « a toutes les chances (si l'on peut dire) de provenir d'une baisse des termes POP et/ou PIB/POP, et cela sera d'autant plus vrai que nous aurons tardé à prendre le taureau par les cornes pour "décarboner l'économie" »[5].
Oui parce qu'il faut préciser, quand même, que cette équation sert avant tout à voir comment on peut arriver à diviser nos émissions de CO2 de l'année 2010 par 3 à l'horizon de quelques décennies, disons avant 2050, si l'on veut limiter la hausse des températures à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle.

En ce qui me concerne, même si j'aime bien Janco, j'ai trouvé que les explications de Sébastien Ménecier (Maitre de conférence à l'Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand) étaient bien plus claires ; en effet, celui-ci décortique l'équation et en explique clairement chaque composante.

Pour résumer et aller à l'essentiel, reprenons d'abord l'équation en entier (d'après Wikipédia) :

Equation de Kaya.

La définition de chaque terme est la suivante :
CO2 : émissions anthropiques mondiales de CO2,
POP : population mondiale,
PIB : PIB mondial,
E : consommation d'énergie primaire mondiale.

Chez Sébastien Ménecier l'équation est représentée différemment, E est remplacée par Tep (Tonnes équivalent pétrole) mais il s'agit évidemment de la même chose ; il définit la Tep comme « l'unité d'énergie qui sert généralement à comparer les processus de création, de production d'énergie ».

Il faut remarquer à ce stade que dans l'équation figurent des termes plus ou moins "objectifs" ; par exemple la population mondiale, si l'on met de côté les limites des recensements effectués dans chaque pays, est une donnée relativement fiable et ne faisant pas l'objet de grosses controverses ; par contre on peut se poser des questions sur le PIB qui est une valeur "marchande" (production totale des biens et services d'un pays) qui englobe des choux, des carottes et des navets et fait l'objet de certaines critiques (il n'intègre pas notamment les dégâts causés à l'environnement, entre autres) ; cependant même si le PIB est imparfait (pour ne pas dire faux...) cela ne remet pas en cause l'équation puisqu'on multiplie et divise par la même valeur, qu'elle soit juste ou fausse ne change rien à son intégrité.

Ce qui est intéressant dans l'équation de Kaya, comme l'explique Ménecier, c'est qu'elle mêle des domaines différents :
  • l'économie, avec le pouvoir d'achat (PIB/POP) ou l'énergie à dépenser (i.e. intensité énergétique) pour assurer la "richesse" d'un pays (E/PIB)
  • la démographie (POP)
  • la nuisance de l'énergie (CO2/E) 
L'équation se présente en fait comme ceci en fonction de ce qui a été dit sur la limitation à 2°C et la division par 3 de nos émissions de CO2 : CO2 (2050) = 1/3 CO2 (2010)

Voici le défi pour arriver à limiter le réchauffement climatique à 2°C avant 2050.
On comprend tout de suite (mais pas sûr que JC y arrive) qu'il s'agit d'un "outil" et rien d'autre qui permet de voir sur quels facteurs on va devoir (ou pouvoir ?) peser pour arriver à nos fins ; pour diviser nos émissions de CO2 par 3 en pratique on commence par diviser tous les termes de l'équation par 3 et on regarde ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.

Ménecier continue en commençant par la population (POP) ; il est assez peu probable que cette valeur puisse être divisée par 3, il faudrait pour cela que de véritables cataclysmes s'abattent sur la Terre, ce qui n'est pas forcément souhaitable...

En fait la population devrait au contraire augmenter d'environ un facteur 1,6, donc il faut reporter cette augmentation sur les autres paramètres, soit 3 x 1,6 = environ 5 ; donc les autres membres de l'équation (PIB et E) devraient être divisés par 5.

La population devrait augmenter d'un facteur 1,6...

En ce qui concerne le pouvoir d'achat (PIB/POP par tête de pipe ou PIB au niveau global) il parait là-aussi très improbable qu'il fasse l'objet de la moindre diminution, au contraire Ménecier nous dit qu'il devrait augmenter de 2% par an ce qui ferait que les deux paramètres restants devraient être divisés d'un facteur...de 10 !

Le pouvoir d'achat devrait augmenter de 2% par an...
Nous en sommes à ce stade rendus à ce constat :

Que devraient être la nuisance de l'énergie et l'intensité énergétique...?
La nuisance de l'énergie a stagné depuis 1970 ; quant à l'intensité énergétique, si elle a un peu baissé depuis 1970 on voit bien qu'elle aussi s'est mise à stagner depuis quelques années.

Donc...

Voici ce qu'il faudrait faire...
Ce qui n'est guère rassurant...

En fait si l'on veut diminuer la nuisance de l'énergie (CO2/E) « il faut changer le mix énergétique, c'est-à-dire avoir une énergie qui soit moins carbonée » ; d'où le « développement des énergies dites vertes et renouvelables ».

Quant au dernier paramètre, l'intensité énergétique (E/PIB), « on va pouvoir l'améliorer soit en améliorant les procédés énergétiques, soit en développant les notions de sobriété énergétique. » ; d'où le fameux slogan (c'est moi qui ajoute cela, pas Ménecier) « la meilleure énergie est celle qu'on ne consomme pas ».

Au vu de tout ce qui précède on peut estimer que c'est le susnommé JC qui est un canular à lui tout seul ; évidemment s'il pense, pardon, s'il croit que le réchauffement climatique est un canular, alors bien sûr tout ce qui se réfère à ce réchauffement est canular : quand son seul outil est un marteau, tous les problèmes sont des clous, et JC semble être un charpentier assez expérimenté (pour le reste...)

*****

Pour aller plus loin avec Kaya :



vendredi 22 septembre 2017

Considérations socio-économico-cycloniques



George Monbiot et Joseph Stiglitz figurent dans ma bloglist car je les trouve dignes d'intérêt ; le premier est un universitaire et journaliste britannique, éditorialiste au Guardian, ce qui en soi-même est déjà une preuve de sérieux ; le second est un économiste titulaire du prix de la Banque de Suède etc. abrégé usuellement en prix Nobel pour faire simple et court.

Tous les deux ont écrit récemment des articles au sujet des ouragans qui viennent de frapper ces derniers temps plutôt durement les terres Américaines et les Antilles ; bien qu'ils ne soient pas climatologues ils ont quand même quelque chose à dire sur ces phénomènes.


Tout d'abord George Monbiot.
George Monbiot.



Dans un article du 2 septembre, alors que seul Harvey avait sévi, Monbiot écrit sur la réticence des médias à évoquer le réchauffement climatique concernant cet ouragan.


Don’t Look Now (Ne cherchez pas maintenant)

  • The media avoids the subject of climate breakdown – to do otherwise is to bring the entire infrastructure of thought crashing down.
    • Les médias évitent le sujet de la dégradation du climat - faire autrement est (serait) faire s'écrouler toute l'infrastructure de la pensée.
Cette introduction est a priori assez énigmatique, qu'est-ce donc que cette "infrastructure of thought" qui s'écroulerait si on venait à parler de réchauffement climatique à propos de l'ouragan Harvey ?

Monbiot nous donne dès le début l'explication en quelques mots :
  • It is not only Donald Trump’s government that censors the discussion of climate change; it is the entire body of polite opinion. This is why, though the links are clear and obvious, the majority of news reports on Hurricane Harvey have made no mention of the human contribution.
    • Ce n'est pas seulement le gouvernement de Donald Trump qui censure la discussion sur le changement climatique ; c'est l'ensemble de la bonne société. C'est pourquoi, bien que les liens soient clairs et évidents, la majorité des reportages sur l'ouragan Harvey n'ont fait aucune mention de la contribution humaine.
Ainsi Trump n'est pas le seul ou principal coupable, l'auto-censure de la "bonne société" (polite society) est tout aussi responsable de cet effacement plus ou moins consenti du réchauffement climatique dans les articles de journaux ou les débats à la télévision.

Et Monbiot de nous rappeler qu'en 2016 :
  • [...] the total combined coverage [of climate-related disasters] for the entire year on the evening and Sunday news programmes on ABC, CBS, NBC and Fox News amounted to 50 minutes. Our greatest predicament, the issue that will define our lives, has been blotted from our minds.
    • [...] la couverture combinée totale [des catastrophes liées au climat] pour l'année entière dans les émissions d'information du soir et du dimanche sur ABC, CBS, NBC et Fox News s'est élevée à 50 minutes. Notre plus grande situation délicate, le problème qui définira nos vies, a été effacée de nos esprits.

Et d'enfoncer le clou là où ça fait mal :

  • To talk about climate breakdown [...] is to question not only Donald Trump, not only current environmental policy, not only current economic policy, but the entire political and economic system.
    • Parler du dérèglement climatique [...] consiste à remettre en cause non seulement Donald Trump, non seulement la politique environnementale actuelle, non seulement la politique économique actuelle, mais aussi l'ensemble du système politique et économique.

Et de préciser, pour ceux qui n'ont pas compris (bien qu'il y en ait qui ne comprendront jamais) :

  • It is to expose a programme that relies on robbing the future to fuel the present, that demands perpetual growth on a finite planet. It is to challenge the very basis of capitalism; to inform us that our lives are dominated by a system that cannot be sustained, a system that is destined, if it is not replaced, to destroy everything.
    • [Parler du dérèglement climatique] c'est dévoiler un programme qui repose sur le vol de l'avenir pour alimenter le présent, qui exige une croissance perpétuelle sur une planète finie. C'est contester la base même du capitalisme ; nous informer que nos vies sont dominées par un système qui ne peut être soutenu, un système qui est destiné, s'il n'est pas remplacé, à tout détruire.
Monbiot nous rappelle également qu'il n'y a pas longtemps, en juin dernier :
  • Robert Kopp, a professor of earth sciences, predicted that “In the absence of major efforts to reduce emissions and strengthen resilience, the Gulf Coast will take a massive hit. Its exposure to sea-level rise – made worse by potentially stronger hurricanes – poses a major risk to its communities.”
    • Robert Kopp, professeur de sciences de la terre, a prédit que « en l'absence d'efforts importants pour réduire les émissions et renforcer la résilience, la côte du Golfe sera durement touchée. Son exposition à l'élévation du niveau de la mer - aggravée par des ouragans potentiellement plus forts - pose un risque majeur pour ses communautés. »
Je suis allé voir l'article cité par Monbiot, Climate change to damage U.S. economy, increase inequality (Le changement climatique va endommager l'économie américaine, augmenter les inégalités), et j'ai reconnu une carte des Etats-Unis qu'il me semble avoir déjà montrée il y a quelque temps :

This map shows county-level annual damages in a median scenario for climate during 2080-2099 under business-as-usual emissions trajectory. Negative damages indicate economic benefits.

On ne pourra pas dire que les Américains du Sud-Est n'étaient pas prévenus, cette carte a été publiée donc en juin 2017 mais je pense que les spécialistes savaient depuis bien longtemps déjà que le risque était grand dans cette partie du pays. Il n'aura fallu que deux mois à peine pour que Harvey vienne montrer "par l'exemple" qu'il ne s'agissait pas de simples spéculations ; quant à Irma et Maria, s'ils n'ont pas fait les dégâts attendus et redoutés (dans le continent bien sûr...) c'est uniquement grâce à la chance qui a voulu que leur itinéraire permette d'éviter le pire.

Monbiot regrette aussi que l'on "interdise" de parler du problème du réchauffement climatique au moment où l'ouragan est en train de frapper, ce serait "faire injure aux victimes" ; il remarque notamment qu'il convient :
  • [...] talk about it only when it’s out of the news. When researchers determined, 9 years on, that human activity had made a significant contribution to Hurricane Katrina, the information scarcely registered.
    • [...] d'en parler seulement quand ce n'est plus d'actualité. Lorsque les chercheurs ont déterminé, 9 ans plus tard, que l'activité humaine avait apporté une contribution significative à l'ouragan Katrina, l'information fut à peine mentionnée.
L'étude citée par Monbiot, qui date de février 2014 et n'est donc pas de la dernière pluie, mentionne en tête de son résumé :
  • Global warming may result in substantial sea level rise and more intense hurricanes over the next century, leading to more severe coastal flooding.
    • Le réchauffement climatique peut entraîner une augmentation substantielle du niveau de la mer et des ouragans plus intenses au cours du prochain siècle, entraînant des inondations côtières plus sévères.
Qu'ajouter de plus...?

Ah si, Monbiot cite une autre étude récente, datant du 7 juin 2017, intitulée Amplification of flood frequencies with local sea level rise and emerging flood regimes (Amplification des fréquences d'inondation avec l'élévation locale du niveau de la mer et les nouveaux régimes d'inondation) ; le titre à lui seul nous dit quasiment tout. Là aussi la première phrase du résumé est suffisamment éloquente :
  • The amplification of flood frequencies by sea level rise (SLR) is expected to become one of the most economically damaging impacts of climate change for many coastal locations.
    • L'amplification des fréquences d'inondation par l'élévation du niveau de la mer (SLR) devrait devenir l'un des impacts les plus dommageables sur le plan économique des changements climatiques pour de nombreux sites côtiers.
Et ce ne sont pas que les Etats-Unis qui sont concernés, le Bengladesh est évidemment en première ligne, avec l'immense désavantage de ne pas être aussi riche (quoique, au rythme actuel certaines régions des USA pourraient bientôt lui faire concurrence...)

Mais Monbiot nous dit que cette cécité n'est pas le propre des Etats-Unis, l'ensemble de la planète est à mettre dans le même sac, jusqu'à l'"honorable" BBC en Angleterre :
  • [...] the BBC distinguished itself in customary fashion this month, by yet again inviting the climate change denier Lord Lawson onto the Today programme, in the mistaken belief that impartiality requires a balance between correct facts and false ones. They seldom make such a mess of other topics, because they take them more seriously.
    • [...] la BBC s'est distinguée de manière coutumière ce mois-ci, en invitant à nouveau le "sceptique" du changement climatique Lord Lawson sur le programme Today, dans la croyance erronée selon laquelle l'impartialité exige un équilibre entre les faits corrects et ceux qui sont faux. Ils font rarement un tel bazar sur d'autres sujets, car ils les prennent plus au sérieux.

Le deuxième article de George Monbiot a été écrit le 15 septembre 2017 ; à cette date Harvey était terminé depuis une dizaine de jours et Irma venait juste de cesser ses caprices ; Maria était encore dans les limbes au large des iles du Cap Vert.


  • The demand for perpetual economic growth, and the collective madness it provokes, leads inexorably to environmental collapse.
    • La demande de croissance économique perpétuelle, et la folie collective qu'elle provoque, conduit inexorablement à l'effondrement de l'environnement.
Cet article est un peu plus tourné vers l'économie et le sociétal que le précédent, qui mentionnait des études scientifiques, mais il est quand même lié aux récents ouragans et aux problèmes environnementaux liés au réchauffement climatique.

Monbiot y dénonce évidemment notre système économique et ses acteurs qui nous mènent droit dans le mur le pied enfoncé sur la pédale d'accélérateur.

Il commence par nous rappeler la croyance de l'ancien trésorier en chef des Etats-Unis, celui qui a participé notamment à l'effondrement de l'économie mondiale en 2007-2008 :
  • There was “a flaw” in the theory: this is the famous admission by Alan Greenspan, former chair of the Federal Reserve, to a congressional inquiry into the 2008 financial crisis. His belief that the self-interest of the lending institutions would lead automatically to the correction of financial markets had proved wrong.
    • Il y avait "un défaut" dans la théorie : c'est la célèbre confession d'Alan Greenspan, ancien président de la Réserve Fédérale, dans une enquête du Congrès sur la crise financière de 2008. Sa conviction que l'intérêt personnel des institutions de crédit conduirait automatiquement à la correction des marchés financiers s'était révélée fausse.
L'article du NYT cité par Monbiot disait effectivement :
  • [...] a humbled Mr. Greenspan admitted that he had put too much faith in the self-correcting power of free markets and had failed to anticipate the self-destructive power of wanton mortgage lending.
    • [...] un M. Greenspan ému a reconnu qu'il avait mis trop de confiance dans le pouvoir d'auto-correction des marchés libres et n'avait pas réussi à anticiper le pouvoir autodestructeur des prêts hypothécaires injustifiés.
Cela ne vous rappelle rien ? Moi ça m'évoque la fameux, ou plutôt fumeux principe du "ruissellement", le trickle down effect, selon lequel, dixit Wikipédia
Cette théorie économique d'inspiration libérale est du même acabit que la croyance de Greenspan en une autorégulation des acteurs financiers, en fait ces deux concepts se recoupent et s'entremêlent étroitement, l'un n'allant pas sans l'autre ; que des personnes apparemment aussi intelligentes que Greenspan en viennent à croire en de telles balivernes est à désespérer du "génie" humain, et on ne sait plus si l'on doit en rire ou en pleurer.

Mais Monbiot continue sur la lancée :
  • [...] as in Greenspan’s theory of the financial system, there cannot be a problem. The market is meant to be self-correcting: that’s what the theory says. As Milton Friedman, one of the architects of neoliberal ideology, put it, “Ecological values can find their natural space in the market, like any other consumer demand”. As long as environmental goods are correctly priced, neither planning nor regulation are required. Any attempt by governments or citizens to change the likely course of events is unwarranted and misguided.
    • [...] comme dans la théorie de Greenspan sur le système financier, il ne peut y avoir de problème. Le marché est censé être autocorrigé : c'est ce que dit la théorie. Comme Milton Friedman, l'un des architectes de l'idéologie néolibérale, a déclaré : « Les valeurs écologiques peuvent trouver leur espace naturel sur le marché, comme toute autre demande des consommateurs ». Tant que les produits environnementaux sont correctement évalués, aucune planification ni réglementation n'est requise. Toute tentative par les gouvernements ou les citoyens de modifier le cours probable des événements est injustifiée et mal orientée.
La main invisible d'Adam Smith plane toujours sur nos têtes plus de deux siècles après la mort du philosophe anglais...

Seulement voilà, les ouragans ignorent toute main invisible, qu'elle soit humaine ou d'origine soi-disant divine :
  • But there’s a flaw. Hurricanes do not respond to market signals. The plastic fibres in our oceans, food and drinking water do not respond to market signals. Nor does the collapse of insect populations, or coral reefs, or the extirpation of orangutans from Borneo. The unregulated market is as powerless in the face of these forces as the people in Florida who resolved to fight Hurricane Irma by shooting it. It is the wrong tool, the wrong approach, the wrong system.
    • Mais il y a un défaut. Les ouragans ne répondent pas aux signaux du marché. Les fibres plastiques dans nos océans, nos aliments et notre eau potable ne répondent pas aux signaux du marché. Pas plus que l'effondrement des populations d'insectes, ou des récifs coralliens, ni l'élimination des orangs outans de Bornéo. Le marché non réglementé est aussi impuissant face à ces forces que les gens en Floride qui ont décidé de combattre l'ouragan Irma en lui tirant dessus. C'est le mauvais outil, la mauvaise approche, le mauvais système.
Oui, j'ai été sidéré d'apprendre qu'il y avait des gens prêts à tirer sur Irma pour lui faire la peau !

Et encore plus estomaqué quand un shérif a conseillé aux mêmes gens de ne pas le faire...Il leur aurait dit que les balles pourraient leur être retournées par l'ouragan, ce qui à mon avis n'aurait peut-être pas été une mauvaise chose...

Plus sérieusement, revenons à ce que Monbiot a à nous dire :
  • There are two inherent problems with the pricing of the living world and its destruction. The first is that it depends on attaching a financial value to items – such as human life, species and ecosystems – that cannot be redeemed for money. The second is that it seeks to quantify events and processes that cannot be reliably predicted.
    • Il existe deux problèmes inhérents à la tarification du monde vivant et à sa destruction. Le premier est que cela dépend de l'attribution d'une valeur financière aux éléments - tels que la vie humaine, les espèces et les écosystèmes - qui ne peuvent être échangés (rachetés) contre de l'argent. Le second est qu'elle (la tarification) vise à quantifier les événements et les processus qui ne peuvent pas être prédits de manière fiable.
Et il enchaine :
  • Environmental collapse does not progress by neat increments. You can estimate the money you might make from building an airport: this is likely to be linear and fairly predictable. But you cannot reasonably estimate the environmental cost the airport might incur. Climate breakdown will behave like a tectonic plate in an earthquake zone: periods of comparative stasis followed by sudden jolts. Any attempt to compare economic benefit with economic cost in such cases is an exercise in false precision.
    • L'effondrement de l'environnement ne progresse pas par incréments ordonnés. Vous pouvez estimer l'argent que vous pourriez générer de la construction d'un aéroport : il est probable qu'il soit linéaire et assez prévisible. Mais vous ne pouvez pas raisonnablement estimer le coût environnemental que pourrait entraîner l'aéroport. Le dérèglement climatique se comportera comme une plaque tectonique dans une zone sismique : des périodes d'inactivité relative suivies de secousses soudaines. Toute tentative de comparer les avantages économiques avec le coût économique dans de tels cas est un exercice de fausse précision.
Monbiot ne fait rien d'autre que de nous parler d'externalités dont j'avais donné la définition et des exemples dans mon billet intitulé Petite leçon de comptabilité à l'usage des terriens .

Et Monbiot de pointer le problème inhérent à notre système politico-économique actuel sous-tendu par l'idéologie néolibérale :
  • Even to discuss such flaws is a kind of blasphemy, because the theory allows no role for political thought and action. The system is supposed to operate not through deliberate human agency, but through the automatic writing of the invisible hand. Our choice is confined to deciding which goods and services to buy. But even this is illusory. A system that depends on growth can survive only if we progressively lose our ability to make reasoned decisions. After our needs, then strong desires, then faint desires have been met, we must keep buying goods and services we neither need nor want, induced by marketing to abandon our discriminating faculties and succumb instead to impulse.
    • Même discuter de ces défauts est une sorte de blasphème, car la théorie ne permet aucun rôle pour la pensée et l'action politiques. Le système est censé fonctionner non pas par une action humaine délibérée, mais par l'écriture automatique de la main invisible. Notre choix se limite à décider quels biens et services acheter. Mais même cela est illusoire. Un système qui dépend de la croissance ne peut survivre que si nous perdons progressivement notre capacité à prendre des décisions raisonnables. Après que nos besoins, puis nos désirs irrésistibles, puis nos désirs légers ont été satisfaits, nous devons continuer à acheter des biens et des services dont nous n'avons ni besoin ni désir, entrainés par le marketing à abandonner nos facultés discriminatoires (notre perspicacité) et à succomber à la place au coup de tête.
N'appellerait-on pas cela un cercle vicieux...? Plus j'achète ce dont j'ai envie, plus je satisfais mes envies en m'en créant de nouvelles qui me font acheter ce dont j'ai envie etc. ; notre système capitaliste ne repose en fait que sur cela et rien d'autre si on y réfléchit deux secondes (certains ont besoin d'un peu plus de temps et quelques uns n'arrivent même pas à comprendre)

  • Urge, splurge, purge: we are sucked into a cycle of compulsion followed by consumption, followed by the periodic detoxing of ourselves or our homes, like Romans making themselves sick after eating, so that we can cram more in. Continued economic growth depends on continued disposal: unless we rapidly junk the goods we buy, it fails. The growth economy and the throwaway society cannot be separated. Environmental destruction is not a by-product of this system. It is a necessary element.
    • Désir, folie, élimination : nous sommes aspirés dans un cycle compulsif entrainant la consommation, suivie de la désintoxication périodique de nous-mêmes ou de nos maisons, comme les Romains se rendant malades après avoir mangé, afin que nous puissions nous empiffrer davantage. La croissance économique perpétuelle dépend de l' élimination continuelle : si nous ne jetons pas rapidement à la poubelle les produits que nous achetons, elle échoue. L'économie de croissance et la société du gaspillage ne peuvent être séparées. La destruction de l'environnement n'est pas un sous-produit de ce système. C'est un élément nécessaire.
Et Monbiot montre le véritable coupable :
  • The environmental crisis is an inevitable result not just of neoliberalism – the most extreme variety of capitalism – but of capitalism itself. Even the social democratic (Keynesian) kind depends on perpetual growth on a finite planet: a formula for eventual collapse. But the peculiar contribution of neoliberalism is to deny that action is necessary; to insist that the system, like Greenspan’s financial markets, is inherently self-regulating. The myth of the self-regulating market accelerates the destruction of the self-regulating Earth.
    • La crise environnementale est un résultat inévitable non seulement du néolibéralisme - la composante la plus extrême du capitalisme - mais du capitalisme lui-même. Même le type social-démocrate (keynésien) dépend de la croissance perpétuelle sur une planète finie : une formule pour un futur effondrement. Mais la contribution particulière du néolibéralisme est de nier que l'action soit nécessaire ; pour insister sur le fait que le système, comme les marchés financiers de Greenspan, est proprement autorégulé. Le mythe du marché autorégulateur accélère la destruction de la Terre autorégulatrice.
On doit évidemment avoir toujours à l'esprit que la planète Terre ne risque rien, ce n'est pas nous qui la ferons disparaître, pour cela dame Nature s'en chargera dans...un certain nombre d'années que je ne m'aventurerai pas à quantifier (je maitrise mal le nombre de zéros au-delà de sept ou huit...) ; quand Monbiot parle de "destruction de la Terre" il devrait plutôt parler de notre civilisation, voire tout simplement de l'humanité tout entière si l'on tire un peu trop sur la corde (là aussi ce n'est pas pour demain, alors pourquoi s'inquiéter, hein ?)

Il évoque ensuite le phénomène de dissonance cognitive sans le nommer :
  • What cannot be admitted must be denied. Ten years ago this week, Matt Ridley, as chair of Northern Rock, helped to cause the first run on a British bank since 1878. This triggered the financial crisis in the UK. Now, in his new incarnation as a Times columnist, he continues to demonstrate his unerring ability to assess risk, by insisting that we needn’t worry about hurricanes: as long as there’s enough money to keep bailing us out, we’ll be fine.
    • Ce qui ne peut être admis doit être nié. Il y a dix ans cette semaine, Matt Ridley, en tant que président de Northern Rock, a aidé à provoquer la première panique bancaire britannique depuis 1878. Cela a déclenché la crise financière au Royaume-Uni. Maintenant, dans sa nouvelle incarnation en tant que chroniqueur du Times, il continue de démontrer sa capacité infaillible à évaluer le risque, en insistant sur le fait que nous ne devons pas nous soucier des ouragans : tant qu'il y aura assez d'argent pour nous renflouer, tout ira bien .
Il est toujours intéressant de consulter le site Desmogblog quand nous avons affaire à des individus comme Matt Ridley ; nous y apprenons qu'il est conseiller du GWPF présidé par Nigel Lawson, le même Lawson invité par la BBC pour "débattre" sur le changement climatique (voir plus haut si vous n'avez pas la flemme) ; tout se tient, les mêmes usual suspects se retrouvent inévitablement à un moment ou à un autre, on les appelle des désinformateurs ou des marchands de doute ; c'est eux qui notamment bourrent le crâne des "benêts climatosceptiques" qui hantent certains sites tentant vainement de relayer leur propagande en ne se rendant pas compte que les éléments se fichent royalement de leurs opinions politiques, de leurs croyances et de leur idéologie.

Monbiot poursuit avec Ridley :
  • Ridley, who helped to destroy the hopes of millions, is one of the faces of the “New Optimism”, which claims that life is becoming inexorably better. This vision relies on downplaying or dismissing the predictions of environmental scientists. We cannot buy our way out of a process that could, through a combination of heat stress, aridity, sea level rise and crop failure, render large parts of the habited world hostile to human life, and that, through sudden jolts, could translate environmental crisis into financial crisis.
    • Ridley, qui a aidé à détruire les espoirs de millions de personnes, est l'un des visages du « Nouvel Optimisme », qui prétend que la vie devient inexorablement meilleure. Cette vision repose sur la minimisation ou le rejet des prédictions des scientifiques de l'environnement. Nous ne pourrons pas nous sortir d'un processus qui pourrait, par le biais d'une combinaison de stress thermique, d'aridité, d'élévation du niveau de la mer et d'échec des récoltes, rendre une grande partie du monde habité hostile à la vie humaine, et qui, par des secousses soudaines, pourrait transformer la crise environnementale en crise financière.
Par curiosité je suis allé voir les passages de l'article cité par Monbiot sur le « Nouvel Optimisme » qui se référaient à Ridley, cela laisse rêveur :
  • [...] the author and former Northern Rock chairman Matt Ridley – the title of whose book The Rational Optimist makes his inclinations plain – kept up his weekly output of ebullient columns celebrating the promise of artificial intelligence, free trade and fracking.
    • [...] l'auteur et l'ancien président de Northern Rock, Matt Ridley, dont le titre du livre intitulé The Rational Optimist montre clairement ses sentiments - a maintenu sa production hebdomadaire de colonnes exubérantes célébrant la promesse d'intelligence artificielle, de libre échange et de fracking.
  • “Rational optimism holds that the world will pull out of the current crisis,” Ridley wrote after the financial crisis of 2007-8, “because of the way that markets in goods, services and ideas allow human beings to exchange and specialise honestly for the betterment of all … I am a rational optimist: rational, because I have arrived at optimism not through temperament or instinct, but by looking at the evidence.”
    • "L'optimisme rationnel affirme que le monde sortira de la crise actuelle", a déclaré Ridley après la crise financière de 2007-8 ", en raison de la manière dont les marchés des biens, des services et des idées permettent aux êtres humains d'échanger et de se spécialiser honnêtement pour l'amélioration de tous ... Je suis un optimiste rationnel : rationnel, parce que je suis parvenu à l'optimisme non pas par le tempérament ou l'instinct, mais en regardant les preuves ".
  • Matt Ridley likes to quote a predecessor of the contemporary optimists, the Whig historian Thomas Babington Macaulay: “On what principle is it that, when we see nothing but improvement behind us, we are to expect nothing but deterioration before us?”
    • Matt Ridley aime citer un prédécesseur des optimistes contemporains, l'historien Whig Thomas Babington Macaulay: "Quel est ce principe selon lequel, quand on ne voit que l'amélioration derrière nous, nous ne devons attendre que de la dégradation devant nous?"
  • “You’re asking, ‘Am I the man who falls out of a skyscraper, and as he passes the second storey, says, ‘So far, so good?’” Matt Ridley says. “And the answer is, well, actually, in the past, people have foreseen catastrophe just around the corner and been wrong about it so often that this a relevant fact to take into account.”
    • "Vous demandez, " Est-ce que je suis l'homme qui tombe d'un gratte-ciel, et comme il passe au deuxième étage, dit : "Jusqu'ici, tout va bien ?", dit Matt Ridley. "Et la réponse est, eh bien, en fait, dans le passé, les gens ont prévu une catastrophe juste au coin de la rue et ont eu tort de le faire si souvent que c'est un fait pertinent à prendre en compte".
On croit rêver à lire ces lignes, on a l'impression de voir un Bisounours dans un monde merveilleux où tout est beau, tout marche bien, et dans lequel l'avenir est un parterre de roses parfumées qui ne demandent qu'à être suavement piétinées ; on admirera particulièrement la fin qui ressemble à s'y méprendre au mantra climatosceptique du "climat qui a toujours changé", l'un des arguments les plus stupides que l'on puisse rencontrer mais qui continue toujours sa brillante carrière tellement on le voit encore ressorti de son linceul ici ou là ; de toute évidence Ridley n'a pas lu Jared Diamond, il aurait (peut-être) compris que certaines civilisations qui se croyaient éternelles ont disparu corps et biens.


Revenons à Monbiot qui nous indique :
  • In April, Bloomberg News, drawing on a report by the US federal mortgage corporation, Freddie Mac, investigated the possibility that climate breakdown could cause a collapse in real estate prices in Florida. It looked only at the impact of sea level rise – hurricanes were not considered. It warned that a bursting of the coastal property bubble “could spread through banks, insurers and other industries. And, unlike the recession, there’s no hope of a bounce back in property values.” The sigh of relief from insurers and financiers when Hurricane Irma, whose intensity is likely to have been enhanced by global heating, changed course at the last minute could be heard around the world.
    • En avril, Bloomberg News, en s'appuyant sur un rapport de la société américaine de prêts hypothécaires Freddie Mac, a étudié la possibilité que la dérégulation du climat pourrait provoquer un effondrement des prix de l'immobilier en Floride. Il ne s'agissait que de l'impact de l'élévation du niveau de la mer - les ouragans n'étaient pas considérés. Il a averti qu'un éclatement de la bulle immobilière côtière "pourrait se répandre à travers les banques, les assureurs et d'autres industries. Et, contrairement à la récession, il n'y a aucun espoir de rebondir dans les valeurs immobilières." Le soupir de soulagement des assureurs et des financiers lorsque l'ouragan Irma, dont l'intensité a probablement été renforcée par le réchauffement global, a changé de cap à la dernière minute pouvait être entendu dans le monde entier.
Eh oui, les Floridiens  ont eu beaucoup de chance, pas comme ces bouseux de Texans et de Louisianais qui n'ont qu'à se débrouiller tout seuls (je parle des pauvres bien sûr) ; et le jour où effectivement l'économie Américaine (et donc mondiale) s'effondrera suite à un cataclysme majeur lié au réchauffement climatique, peut-être alors que les mentalités changeront (je dis ça mais je n'en suis même pas sûr-que les mentalités changeront...)

Et Monbiot de nous donner une information intéressante qui tombera certainement dans les oreilles de pas mal de sourds :
  • This year, for the first time, three of the five global risks with the greatest potential impact listed by the World Economic Forum were environmental. A fourth (water crises) has a strong environmental component. If an economic crisis is caused by the environmental crisis, it will be the second crash in which Matt Ridley will have played a part.
    • Cette année, pour la première fois, trois des cinq risques mondiaux ayant le plus grand impact potentiel répertoriés par le Forum économique mondial étaient environnementaux. Un quatrième (crise de l'eau) a une forte composante environnementale. Si une crise économique est causée par la crise environnementale, ce sera le deuxième accident dans lequel Matt Ridley aura joué un rôle.
J'ai bien aimé ce graphique inclus dans le rapport du WEF représentant toutes les interconnexions entre les différents risques :

Source:  World Economic Forum Global Risks Perception Survey 2016 Note: Survey respondents were asked to identify between three and six pairs of global risks they believe to be most interconnected. See Appendix B for more details. To ensure legibility, the names of the global risks are abbreviated; see Appendix A for the full name and description.

Ainsi on voit clairement le lien entre changement climatique et terrorisme, avec cet exemple de chemin : événements climatiques extrêmes => échec des politiques régionales ou globales pour y faire face => migrations involontaires à grande échelle => conflits inter-états => attaques terroristes ; seuls les aveugles avec la tête enfoncée dans le sable arrivent encore à nier qu'il y ait le moindre lien entre réchauffement climatique et terrorisme, ce dernier étant évidemment aussi la conséquence d'autres causes, comme l'instabilité sociale, qui elle-même peut provenir...de migrations involontaires à grande échelle !

Et Monbiot de terminer ainsi :
  • They bailed out the banks. But as the storms keep rolling in, you’ll have to bail out your own flooded home. There is no environmental rescue plan: to admit the need for one would be to admit that the economic system is based on a series of delusions. The environmental crisis demands a new ethics, politics and economics. A few of us are groping towards it, but it cannot be left to the scattered efforts of independent thinkers: this should now be humanity’s central project. At least the first step is clear: to recognise that the current system is flawed.
    • Ils ont renfloué les banques. Mais comme les tempêtes continuent à circuler, vous devrez renflouer votre propre maison inondée. Il n'y a pas de plan de sauvetage environnemental : en admettre la nécessité serait admettre que le système économique repose sur une série d'illusions. La crise environnementale exige de nouvelles éthiques, politiques et économies. Certains d'entre nous tâtonnent dans cette direction, mais cela ne peut pas être laissé aux efforts épars des penseurs indépendants : cela devrait maintenant être le projet central de l'humanité. Au moins, la première étape est claire : reconnaître que le système actuel est défectueux.


Mouais, à mon avis c'est pas gagné...                                         


Et maintenant au tour de Joseph Stiglitz.
Joseph Stiglitz.


Dans un article du 8 septembre, donc après la dissipation d'Harvey et alors qu'Irma faisait ses dégâts sur les iles Turks-et-Caïcos et que Maria n'était pas encore visible même à l'état de possibilité, Stiglitz écrit un article dans le Guardian intitulé Harvey spells it out: markets alone won't protect you (Harvey l'explique dans le détail : les marchés seuls ne vous protégeront pas), ce qui est tout un programme.


Nous apprenons d'abord que Harvey pourrait coûter jusqu'à 180 milliards de dollars :
  • Tropical Storm Harvey has left in its wake upended lives and enormous property damage, estimated by some at $150-$180bn. But the storm that pummelled the Texas coast for the better part of a week also raises deep questions about the United States’ economic system and politics.
    • La tempête tropicale Harvey a laissé dans son sillage des vies et des dégâts matériels énormes, estimés à quelques 150 à 180 milliards de dollars. Mais la tempête qui a frappé la côte du Texas pendant une bonne partie de la semaine soulève également de profondes questions sur le système économique et la politique des États-Unis.
Le lien donné par Stiglitz ne montre pas ces 150-180 milliards de dollars, mais on peut en avoir la confirmation avec Fortune :
  • U.S. Treasury Secretary Steven Mnuchin on Sunday challenged Congress to raise the government's debt limit in order to free up relief spending for Hurricane Harvey, a disaster that the governor of Texas said could require up to $180 billion.
    • Le secrétaire du Trésor des États-Unis, Steven Mnuchin, a demandé dimanche au Congrès d'augmenter la limite de la dette du gouvernement afin de libérer les dépenses de secours pour l'ouragan Harvey, une catastrophe qui d'après le gouverneur du Texas pourrait s'élever jusqu'à 180 milliards de dollars.
Stiglitz remarque alors sarcastiquement :
  • It is ironic, of course, that an event so related to climate change would occur in a state that is home to so many climate-change deniers – and where the economy depends so heavily on the fossil fuels that drive global warming.
    • Il est ironique, bien sûr, qu'un événement tellement lié au changement climatique se produise dans un état qui abrite tant de négateurs du changement climatique - et où l'économie dépend tellement des combustibles fossiles qui alimentent le réchauffement climatique.
On en viendrait presque à croire en l'existence d'un Dieu qui irait châtier les pécheurs et les pêcheurs de la région, mais non, tout cela a bien une explication très rationnelle.

Stiglitz rappelle quelques principes à ne pas oublier :
  • Of course, no particular climate event can be directly related to the increase in greenhouse gases in the atmosphere. But scientists have long predicted that such increases would boost not only average temperatures, but also weather variability – and especially the occurrence of extreme events such as Harvey. As the Intergovernmental Panel on Climate Change concluded several years ago, “There is evidence that some extremes have changed as a result of anthropogenic influences, including increases in atmospheric concentrations of greenhouse gases.” Astrophysicist Adam Frank succinctly explained: “Greater warmth means more moisture in the air which means stronger precipitation.”
    • Bien sûr, aucun événement climatique particulier ne peut être directement lié à l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Mais les scientifiques ont longtemps prédit que de telles augmentations augmenteraient non seulement les températures moyennes, mais aussi la variabilité de la météo - et en particulier l'apparition d'événements extrêmes tels que Harvey. Comme le GIEC a conclu il y a plusieurs années, « il existe des preuves que certains facteurs extrêmes ont changé en raison d'influences anthropiques, y compris l'augmentation des concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre ». L'astrophysicien Adam Frank explique succinctement: « Une plus grande chaleur signifie plus d'humidité dans l'air, ce qui signifie de plus fortes précipitations ".
Stiglitz est (très) prudent en affirmant qu'un ouragan comme Harvey "ne peut pas être lié à l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère", en fait il aurait dû plutôt écrire qu'à l'heure actuelle on n'était pas capable d'en apporter la preuve, ce qui ne veut pas dire que dans le futur, a posteriori, on ne puisse imputer à ce genre d'événement un lien plus ou moins direct avec le réchauffement climatique causé par l'augmentation du taux de CO2 anthropique dans l'atmosphère ; après tout rien ne dit que l'augmentation de température dans l'océan Atlantique Nord et/ou dans l'atmosphère n'a pas engendré cet ouragan, c'est simplement impossible à prouver, pour le moment ; par contre il est fort probable, pour ne pas dire certain, que le réchauffement climatique entraine l'augmentation de l'intensité des ouragans et la quantité d'eau qu'ils peuvent contenir et déverser sur leur passage ; ce qui reste très improbable, en tout cas pas du tout avéré jusqu'à présent, c'est l'augmentation du nombre des ouragans, bien que 2017 semble être particulièrement prolifique en matière de cyclones, mais on ne peut pas se baser sur une seule année pour tirer une conclusion définitive.

Ensuite Stiglitz montre du doigt les autorités Texanes pour leur passivité :
  • To be sure, Houston and Texas could not have done much by themselves about the increase in greenhouse gases, though they could have taken a more active role in pushing for strong climate policies. But local and state authorities could have done a far better job preparing for such events, which hit the area with some frequency.
    • Bien sûr, Houston et le Texas n'auraient pas pu faire beaucoup par eux-mêmes au sujet de l'augmentation des gaz à effet de serre, bien qu'ils auraient pu jouer un rôle plus actif en favorisant de fortes politiques climatiques. Mais les autorités locales et les autorités de l'État auraient pu faire beaucoup mieux pour se préparer à de tels événements, qui ont frappé la région avec une certaine fréquence.
On l'a vu plus haut, il n'y a rien de nouveau sur le sujet, les risques sont connus depuis longtemps, mais est-ce que les "autorités locales et les autorités de l'Etat" lisent les bons rapports ? Si ces "autorités" se contentent de prendre leurs informations auprès de Fox News il n'y a rien d'étonnant à ce que quelque chose leur ait échappé...

Et Stiglitz de poursuivre :
  • In responding to the hurricane – and in funding some of the repair – everyone turns to government, just as they did in the aftermath of the 2008 economic crisis. Again, it is ironic that this is now occurring in a part of the country where government and collective action are so frequently rebuked. It was no less ironic when the titans of US banking, having preached the neoliberal gospel of downsizing government and eliminating regulations that proscribed some of their most dangerous and antisocial activities, turned to government in their moment of need.
    • En réponse à l'ouragan - et en finançant une partie de la réparation - tous se tournent vers le gouvernement, tout comme ils l'ont fait après la crise économique de 2008. Encore une fois, il est ironique que cela se produise dans une partie du pays où les actions gouvernementales et collectives sont si souvent critiquées. Ce n'était pas moins ironique quand les titans de la banque américaine, ayant prêché l'évangile néolibéral de la réduction des effectifs du gouvernement et éliminant les règlements qui interdisaient certaines de leurs activités les plus dangereuses et antisociales, se tournèrent vers le gouvernement quand ils en eurent besoin.
Ou comment "privatiser les bénéfices et socialiser les pertes" ; on pourrait même penser qu'il s'agit de la devise du néolibéralisme, cela lui va si bien !

Et vient le passage qui justifie à lui-seul le titre de l'article :
  • There is an obvious lesson to be learned from such episodes: markets on their own are incapable of providing the protection that societies need. When markets fail, as they often do, collective action becomes imperative.
    • Il y a une leçon évidente à tirer de ces épisodes:  les marchés eux-mêmes sont incapables de fournir la protection dont les sociétés ont besoin. Lorsque les marchés échouent, comme ils le font souvent, l'action collective devient impérative.
Stiglitz précise alors ce qu'il conviendrait de faire :
  • And, as with financial crises, there is a need for preventive collective action to mitigate the impact of climate change. That means ensuring that buildings and infrastructure are constructed to withstand extreme events, and are not located in areas that are most vulnerable to severe damage. It also means protecting environmental systems, particularly wetlands, which can play an important role in absorbing the impact of storms. It means eliminating the risk that a natural disaster could lead to the discharge of dangerous chemicals, as happened in Houston. And it means having in place adequate response plans, including for evacuation.
    • Et, comme pour les crises financières, il faut une action collective préventive pour atténuer l'impact du changement climatique. Cela signifie que les bâtiments et les infrastructures soient conçus pour résister à des événements extrêmes et ne soient pas situés dans les zones les plus vulnérables aux dommages extrêmes. Cela signifie également protéger les systèmes environnementaux, en particulier les zones humides, qui peuvent jouer un rôle important dans l'absorption de l'impact des tempêtes. Cela signifie éliminer le risque qu'une catastrophe naturelle puisse conduire au déversement de produits chimiques dangereux, comme cela s'est produit à Houston. Et cela signifie avoir mis en place des plans d'intervention adéquats, y compris pour l'évacuation.
Cela s'appelle faire de la politique, prendre des décisions politiques, et non se fier à l'"intelligence" des acteurs économique (et financiers, surtout...) qui a tant de fois fait défaut.

Et Stiglitz d'enchainer :
  • Effective government investments and strong regulations are needed to ensure each of these outcomes, regardless of the prevailing political culture in Texas and elsewhere. Without adequate regulations, individuals and firms have no incentive to take adequate precautions, because they know that much of the cost of extreme events will be borne by others. Without adequate public planning and regulation, including of the environment, flooding will be worse. Without disaster planning and adequate funding, any city can be caught in the dilemma in which Houston found itself: if it does not order an evacuation, many will die; but if it does order an evacuation, people will die in the ensuing chaos, and snarled traffic will prevent people from getting out.
    • Des investissements gouvernementaux efficaces et des règlementations solides sont nécessaires pour assurer chacun de ces résultats, quelle que soit la culture politique en vigueur au Texas et ailleurs. Sans une réglementation adéquate, les individus et les entreprises ne sont pas incités à prendre des précautions adéquates, car ils savent qu'une grande partie du coût des événements extrêmes sera supportée par d'autres. Sans une planification et une réglementation publiques adéquates, y compris de l'environnement, les inondations seront pires. Sans planification de catastrophe et financement adéquat, toute ville peut être prise dans le dilemme dans lequel Houston s'est retrouvée : si elle ne commande pas une évacuation, beaucoup mourront ; mais si elle ordonne une évacuation, les gens vont mourir dans le chaos qui s'ensuit, et le trafic grondant empêchera les gens de sortir.
Mais comme toute bonne externalité, il n'y a pas que les Etats-Unis qui pâtissent de la non-politique environnementale de ce pays :
  • America and the world are paying a high price for devotion to the extreme anti-government ideology embraced by Donald Trump and his Republican party. The world is paying, because cumulative US greenhouse-gas emissions are greater than those from any other country; even today, the US is one of the world’s leaders in per capita greenhouse-gas emissions. But America is paying a high price as well: other countries, even poor developing countries, such as Haiti and Ecuador, seem to have learned (often at great expense and only after some huge calamities) how to manage natural disasters better.
    • L'Amérique et le monde paient un prix élevé pour le dévouement à l'idéologie anti-gouvernementale extrême adoptée par Donald Trump et son parti républicain. Le monde paie, car les émissions cumulatives de gaz à effet de serre des États-Unis sont supérieures à celles de tout autre pays ; même aujourd'hui, les États-Unis sont l'un des leaders mondiaux des émissions de gaz à effet de serre par habitant. Mais l'Amérique paie également un prix élevé : d'autres pays, même les pays pauvres en développement, comme Haïti et l'Équateur, semblent avoir appris (souvent à grands frais et seulement après d'énormes calamités) comment mieux gérer les catastrophes naturelles.
Et même les cubains ont fait bien mieux que les Etats-Unis en la matière, ils ont même permis à Irma de s'affaiblir en passant au-dessus de l'ile ce qui a été profitable à la Floride !
  • Début septembre, Irma a longé la côte nord de Cuba, ce qui l'a légèrement affaibli, le faisant rétrograder de la catégorie 5 à la catégorie 3 en cours de la journée. À son passage, on a cependant enregistré des pluies diluviennes - jusqu'à 500 mm en 24 h - et une rafale à 256 km/h dans la province centrale de Ciego de Avila. La côte nord de l'île a été inondée sur des centaines de kilomètres.
Stiglitz rappelle ensuite deux faits ayant eu lieu durant la "sécheresse cyclonique"...
  • After the destruction of New Orleans by Hurricane Katrina in 2005, the shutdown of much of New York City by Sandy in 2012, and now the devastation wrought on Texas by Harvey, the US can and should do better. It has the resources and skills to analyse these complex events and their consequences, and to formulate and implement regulations and investment programmes that mitigate the adverse effects on lives and property.
    • Après la destruction de la Nouvelle-Orléans par l'ouragan Katrina en 2005, l'arrêt d'une grande partie de la ville de New York par Sandy en 2012, et maintenant la dévastation faite au Texas par Harvey, les États-Unis peuvent et devraient faire mieux. Ils ont les ressources et les compétences nécessaires pour analyser ces événements complexes et leurs conséquences, et pour formuler et mettre en œuvre des règlements et des programmes d'investissement qui atténuent les effets néfastes sur les vies et les biens.
Oui mais voilà, c'est Trump qui est aux commandes, pas Clinton et plus Obama...Et cela montre bien que tout n'est qu'une affaire de volonté politique ; aujourd'hui cette volonté fait défaut, et les Etats-Unis n'ont pas fini d'en payer le prix.
  • What America doesn’t have is a coherent view of government by those on the right, who, working with special interests that benefit from their extreme policies, continue to speak out of both sides of their mouth. Before a crisis, they resist regulations and oppose government investment and planning; afterwards, they demand – and receive – billions of dollars to compensate them for their losses, even those that could easily have been prevented.
    • Ce que l'Amérique n'a pas, c'est une vision cohérente du gouvernement par ceux de droite, qui, travaillant avec des intérêts particuliers qui bénéficient de leurs politiques extrêmes, continuent à avoir un double discours. Avant une crise, ils résistent aux réglementations et s'opposent à l'investissement et à la planification du gouvernement ; par la suite, ils demandent - et reçoivent - des milliards de dollars pour compenser leurs pertes, même celles qui auraient facilement pu être évitées.
Toujours le "privatiser les gains etc.", vous connaissez la chanson maintenant.

Et Stiglitz de conclure :
  • One can only hope that America, and other countries, will not need more natural persuasion before taking to heart the lessons of Hurricane Harvey.
    • On peut seulement espérer que l'Amérique et d'autres pays n'auront pas besoin d'une persuasion plus naturelle avant de prendre en compte les leçons de l'ouragan Harvey.
Je reste personnellement sceptique quant à ce souhait qui ressemble fort à un vœu pieux.